Transmissions

Laetitia et Léo ont débuté leur voyage en France, pour parcourir des pays à la recherche des savoir-faire, à la rencontre des gens. Ils sont passés par L’Arbre à Savon et je suis heureuse de partager cette riche expérience avec vous car ce fut un réel échange, une superbe rencontre ! Vous pouvez continuer à les suivre sur leur blog : http://www.transmission-s.blogspot.com

Nous voici partis de la France pour un pays très lointain : la Belgique ! Nous cherchions à apprendre la fabrication du savon mais impossible de trouver ce savoir-faire par le biais du wwoofing. On a donc utilisé une technique vieille comme le monde, la méthode DAGETV (Demande Aux Gens Et Tu Verras). Et elle a vraiment bien porté ses fruits. Nous avions repéré une savonnière artisanale, possédant le labelSlow Cosmetique. Un mail expliquant l’échange que nous proposions (notre aide contre le gîte et le couvert) a suffit  pour que Valérie dise oui tout de suite ! Lucky us. 

VALERIE N’A PAS ÉTÉ SAVONNIÈRE TOUTE SA VIE 
Elle a en effet suivi des études de commerce et s’est dirigée dans ce domaine par la suite. En 18 ans, elle était devenue responsable commerciale. Elle se plaisait et s’épanouissait dans son métier. À ce moment là, le savon n’était encore qu’une idée de loisirs entre sœurs.
Prônant les mêmes valeurs de local, de zéro déchet et de ‘bon pour la santé’, les sœurs ont senti le potentiel dans ce domaine. En janvier 2014, leur bonne résolution était choisie et un rêve commun était lancé ! À toutes les deux, une symbiose est née : Valérie étant en mi-temps à son travail,  elle pouvait s’occuper de l’administratif et de la partie commerciale et Marlène (sa sœur) étant diplômée en biologie et en aromathérapie, se chargeait de la fabrication des savons. Dès le début, l’Arbre à Savon proposaient déjà 8 savons, 1 shampoing et 1 savon à barbe qu’elles vendaient en magasins et sur des marchés.
Les sœurs ont travaillé main dans la main pendant 2 ans. La savonnerie prenant de l’envergure, Marlène a laissé sa sœur prendre les rennes de l’activité.
En 2017, Valérie a quitté son travail pour continuer à plein temps la fabrication des savons. Pour cela, elle s’est aménagée un véritable laboratoire dans son garage.

LA SAPONNIFICATION À FROID 
Pour commencer, on va partir des bases : c’est quoi du savon ? (à part un truc qui lave). On obtient du savon grâce à uneréaction chimique (la saponification) entre un corps gras (huile, beurre, graisse animale) et une base forte diluée à l’eau(hydroxyde de soude pour un savon solide ou hydroxyde de potassium pour un savon liquide). Cette réaction produit de la glycérine et du savon.
La glycérine est très intéressante car elle apportera les propriétés de douceur et d’hydratation au savon. Une autre donnée mérite notre attention : la partie insaponifiable des corps gras qui ne réagira pas avec la soude (ou la potasse). Elle est très chouette à avoir dans son savon car elle apporte, selon les huiles, vitamines, douceur, anti-oxydation, hydratation, protection… Tous ces éléments sont présents dans le savon s’il est fabriqué artisanalement par la méthode de saponification à froid. Ce procédé consiste à mélanger, à basse température, les différents ingrédients. De plus, les huiles sont dosées à l’excès pour obtenir un surgraissage du savon final (en moyenne entre 6 et 8 %). Ce qui amène encore plus de douceur et d’hydratation à votre peau. 💗

En industrie, on utilise une autre méthode, la saponification à chaud, afin d’obtenir une pâte à savon séchée présentée en billes ou en copeaux (on appelle cela des bondillons). Premier focus, les ingrédients : les corps gras utilisés sont souvent de basse qualité et donc de faible coût (comme de l’huile de palme ou des graisses animales). Pour la soude, elle est calculée en excès dans la préparation pour accélérer le processus de saponification et ainsi gagner en rentabilité. Ces éléments sont chauffés à environ 100°C pendant plusieurs heures, voir jours ( ⚡ pfiou ⚡ la partie insaponifiable disparaît par la chaleur). Ensuite, la pâte à savon obtenue est lavée plusieurs fois avec de l’eau salée pour éliminer l’excès de soude. (⚡ouch ⚡ la belle consommation d’eau). Lors de cette étape, la glycérine, captée par le sel, est extraite puis vendue à des industries cosmétiques (💲💲). Les avantages de ce procédé (il en faut bien…) résident dans l’aspect économique de celui-ci et dans la rapidité avec laquelle le savon peut être utilisé. En effet, lors d’une saponification à froid, il faut attendre entre 4 et 6 semaines (selon les huiles utilisées) après fabrication avant de pouvoir vendre le savon. Au final, les savons fabriqués à partir de bondillons sont très durs et créent un déséquilibre du film hydrolipidique (vous savez, cette sensation de tiraillement de la peau).

En visitant des marchés artisanaux, Valérie s’est aperçue que certains revendeurs de savons se présentaient en tant que producteurs artisanaux. Ces savonniers assembleurs achètent des bondillons de savon et y mélangent des additifs en petite quantité. Voici de petits indices pour déceler le vrai du faux. Déjà, au toucher, le savon doit être un peu gras et non tout lisse (comme les fameux faux savons de Marseille vendus dans les villages touristiques). Ensuite, les couleurs vives peuvent faire douter. De plus, si la personne vous affirme que « au moins, dans ses savons à elle, il n’y a pas d’eau, que des huiles ! », vous pouvez être sûre qu’elle ne s’y connait pas et qu’elle n’est donc pas productrice (rappelez-vous, il faut de l’eau pour diluer la soude 😀 ). Enfin, si le savon coûte moins de 3 euros les 100g, l’histoire est assez louche. Pour vous donner une échelle, les savons de Valérie coûtent 4,50 euros et ce sont dans les moins chers du marché. Les prix peuvent monter selon les huiles utilisées. Voilà, maintenant on ne vous bernera plus !

UN ÉCHANGE DE SAVOIR-FAIRE 

Ensemble, nous avons designé
une carte de visite

En arrivant dans la famille de Valérie, nous ne suspections pas que l’expérience allait devenir un réel échange de compétences. Nous n’avions proposé notre soutien que dans ses tâches quotidiennes de savonnière. Mais au fur et à mesure que ces 3 semaines se sont déroulées, nous avons pris en compte son besoin en graphisme (ça c’était ma compétence, étant ancienne graphiste) et en informatique (c’est là que Léo rentre en jeu). Nous avons donc pu l’aider autant dans l’amélioration de son site internet, que sur l’apprentissage d’un logiciel gratuit et open-source pour la mise en page d’étiquettes (Scribus). C’était vraiment agréable de pouvoir participer à cet échange. Nous avons appris énormément aux côtés de Valérie ; autant dans la création d’une recette, la fabrication et la décision du prix d’un savon, que sur les procédures administratives que cela nécessitaient. Personnellement, j’ai aussi appris à calculer la TVA (eh oui 😎 ).

Les différentes étapes de fabrication d’un savon : dilution de la soude – dosage des huiles – mélange des différents ingrédients – remplissage des moules – façonnage des étiquettes

LE DÉVELOPPEMENT D’UNE ENTREPRISE 

L’arbre à savon propose de nouveaux produits
chaque année : ici le dentifrice solide

Au fil des conversations avec Valérie, plusieurs questions intéressantes nous sont parvenues : quelles limites se donner lors du développement de notre activité. En général, lorsque l’on créé une entreprise, on se pose beaucoup de questions sur l’échec de celle-ci et quel sera notre plan B. Mais rarement nous nous interrogeons sur le bon fonctionnement du projet. En effet, jusqu’où serions-nous près à aller ? Combien d’heures au maximum voudrions-nous travailler au cas où l’entreprise se développe ? Si nous avons créé celle-ci pour nous donner de meilleures conditions de travail, sont-elles respectées ?
D’autre part, nous pouvons nous poser des questions à propos de l’utilité de notre projet pour la société : respecte-t-il nos valeurs telles que le local, l’éthique, le bio… Je pense également à un aspect inhabituel dans les représentations dominantes du marché : le fait de ne pas vouloir rentrer en concurrence avec d’autres acteurs locaux. En effet, s’il existe déjà un service identique, la collaboration avec celui-ci sera plus agréable et sans doute plus profitable pour les deux.
Chacun apportera une réponse différente à ces réflexions, je vous laisse donc y réfléchir. 😇

UNE CHOUETTE FEMME 

Valérie n’utilise que des colorants naturels

En rencontrant Valérie, nous nous sommes rendu compte que derrière cette personne plutôt discrète, se tenait une femme aux valeurs fortes. C’est en agissant simplement selon ses convictions qu’elle a créée sa marque de savons éthiques et locaux à petits prix. De même, elle participe à plusieurs projets citoyen prônant la transition locale et écologique, comme le GAC (groupement d’achats coopératifs) de Ceroux-Mousty. Elle contribue aussi à un projet d’accompagnement et d’apprentissage du métier de savonnier à des Guinéens dans le but qu’ils puissent en vivre de manière durable. En la citant :
« Il faut faire du local en le plaçant dans le contexte international »
Il y a un autre détail que je trouve inspirant dans la démarche de Valérie. Lorsque nous sommes arrivés, elle venait de vendre sa voiture et avait décidé d’aller chercher ses enfants de l’école en tandem (le swag total)

Maintenant que j’ai bien venté sa marque, je vous vois déjà près à cliquer sur son lien de site internet pour acheter 4 palettes et demie de savons. Je vais briser vos rêves tout de suite, trouvant qu’il y a suffisamment de savonniers artisanaux en France, elle ne livre qu’en Belgique. Local quoi 😉

Ps : Gros bisous à toute la famille de Valérie pour leur chaleureux accueil, alors qu’ils n’avaient pas l’habitude de recevoir des inconnus chez eux. Merci pour ce chouette moment Valérie, Cédric, Amélie, Simon, Manon et Mathieu !